Tuesday, August 24, 2010

Ben Kalish Ezab: du zwanzee à l'arabe


Je ne suis pas tintinologue mais comme des millions de personnes, j'ai lu (puis vu) Tintin.
Je l'ai lu pour le plaisir; pour moi ou pour les tout-petits de mon entourage.
Je l'ai vu aussi, à la télé, avec les petits et parfois, devant l'indifférence vacillante et ébranlée des "adultes" qui voulaient résister à l'ingéniosité et l'art d'Hergé ("les dessins - animés ou pas - c'est pour les petits !" puis quand on est mordu, on se justifie par l'abnégation pour les enfants et leur éducation !) .

Or quand on vit en Afrique ou dans le monde arabe, l'expérience coloniale n'est pas qu'un souvenir lointain. C'est du vécu qui s'est prolongé, on ne sait pourquoi ni comment. C'est notre mémoire qui est tatouée en somme, comme l'écrivait un auteur ... peu connu des siens.

Et c'est là que certains noms "vous parlent": Mohammed Ben Kalish Ezab ! Alerte ! Au secours !
Pourquoi ? Pour une oreille qui entend l'arabe, ce nom est grossier. C'est une insulte !

Non pas que l'émir Mohammed Ben Kalish Ezab soit à la fois une monstrueuse et ridicule caricature du "despote oriental"qui offenserait notre histoire et notre identité. Nous vivons avec ces despotes et la réalité des peuples arabo-islamiques dépasse de loin les stéréotypes des B.D.

En fait, Ezab, donne immédiatement a-zab (الزّب ), qui en bon arabe veut dire: "bite" (pénis), insulte si populaire au Maghreb qu'elle fait figure de virgule ou de signe de ponctuation dans la communication (masculine, faut-il le préciser).

Or grâce à internet, on apprend que Kalish Ezab serait du "zwanzee bruxellois" et que cela voudrait dire: "jus de réglisse". Du mauvais café donc, dans ce contexte linguistique belge, et au final, une mauvaise personne Au pays de l'or noir.

Et pourtant ! Dans la littérature spécialisé, il n'y a presque aucun rapprochement de fait entre la langue source (parler zwanzee) et la langue/contexte cible, l'arabe. Le grand tintinologue britannique Michael Farr, dans son encyclopédique Tintin: The Complete Companion, se limite à dire que, Ben Kalish Ezab:

(...) is splendidly inspired by the Bruxellois "Kalische zap" or liquorice juice !

Et pourtant, le rendu de ce jeu de mots en arabe est si évident, même si je laisse entièrement à plus savant que moi, le fait de prouver que Hergé avait connaissance du mot zeb en arabe.

Mais qui sait, un savant musulman d'Al Azhar ou de notre Vatican pétrolifère , notre Dallas arabe (le très saint royaume d'Arabie Saoudite) se chargera d'émettre une fatwa cartoonée contre ces blasphèmes aux relents coloniaux ...

Mais tous les écoliers du monde arabo-islamique le savent: entre Allah "Le Seigneur "(Arrab) et le pénis (Azzab), il n'y a qu'une mince différence - un point sur la lettre "ra".

De quoi faire méditer sur Allah et le masculin ...

Thursday, July 15, 2010

Je vous offre des livres pour l'été et pour la vie

C'est des eBooks par milliers que je vous offre.

L'argent ne doit pas être un obstacle. Sur internet, il ne l'est d'ailleurs pas.
Pour être à jour, des gens, à travers tout le globe, travaillent pour rendre le savoir accessible, où que vous soyez.

Alors, maintenant, à vous de jouer.

Plongez dans AvaxHome et Gigapedia. Le monde des livres et de la culture vous appartiendra.

Très bonnes lectures et surtout, tuez chaque jour l'ignorance qui est en vous.

Tuesday, June 22, 2010

Voix de femmes, voix de flammes


Quelques ânes d'Al Azhar qui font office de "savants musulmans" préviennent la société d'un grand danger; d'un danger si grand qu'il risque de provoquer la "dissolution" de la société islamique: la voix des femmes.

Classique, me direz-vous. Mais cette fois, ce petit groupe de connards enturbannés fait dans le raffinement: il ne s'agit pas de n'importe quel type de femme, il s'agit des femmes musulmanes qui récitent ou veulent réciter le Coran publiquement, à la radio ou à la télévision.

Pourquoi ? Parce que la voix de la femme - même pieuse- est une "3aoura", une impudicité qui mène mécaniquement vers la "fitna", la tentation, le désorde, la débauche, l'apocalypse sociale.

La profonde haine que les islamistes manifestent contre les femmes est connue. C'est une haine telle qu'elle s'attaque même aux croyantes et aux musulmanes.

Ces "théologiens", aidés d'un prof d'arabe qualifié de "chercheur" l'affirment: la voix de la femme, croyante ou pas, est un éminent danger.
On se croirait au temps de la Grèce archaïque, avec Ulysse résistant aux sirènes.
Mais je crois que nous sommes plutôt au temps de la décadence, celle où une poignée d'incultes agressifs guident des millions d'analphabètes vers le rabaissement de l'autre moitié de la terre.

A moins que la croyante d'islam ne se satisfasse de la place que lui assigne les primates écervelés d'Al Azhar et consort: deuxième. Derrière l'Homme et un peu au-dessus de l'animal de compagnie.


Titre d'Al Sharq Al Awsat, du mardi 22 juin 2010, nº 11529

Des savants d'Al Azhar déclarent: permettre à la femme de lire le Coran à la radio ou sur les chaines satellites ouvrira la porte à la dissolution dans la société.

Ils déclarèrent à Sharq Al Awsat: sa voix est une "3aoura" (impudicité) et sa lecture du Coran devant les hommes, une fitna.



علماء أزهريون: السماح للمرأة بقراءة القرآن في الإذاعة والفضائيات سيفتح باب الانحلال في المجتمع

قالوا لـ «الشرق الأوسط» إن صوتها «عورة» وقراءتها القرآن أمام الرجال «فتنة



Friday, May 21, 2010

Pour Houria Bouteldja, la Burqa est une "voie d'émancipation" comme une autre


Mardi 18 mai 2010. Un débat sur la burqa est mené au sein de l'émission Ce soir ou jamais (France 3). Houria Bouteldja y était invitée.
Le débat sur la burqa en France relève de la fumisterie. Il y a des choses infiniment plus importantes que le fait de parler de fantômes intégristes qui représentent 0,000X % de la population française.
Houria (avec d'autres) a raison de rappeler que ce débat est de la poudre aux yeux.

En revanche, elle sombre dans la démagogie la plus toxique lorsqu'elle joue au relativisme culturel le plus absolu: la burqa est une voie d'émancipation comme les autres.
De plus, Houria enfonce le clou en déclarant ne pas se sentir insultée comme musulmane par l'affront quotidien que l'islamisme organise face l'islam.
Houria ne propose d'ailleurs aucun critère pour séparer l'intégrisme de l'ensemble des pratiques islamiques sereines de la majorité des musulmans. Non. Son choix, c'est défendre "tout" ce qui se rapporte de près ou de loin à "l'islam".
Houria joue ainsi son va-tout idéologique: la burqa, c'est la lutte contre la pornographie et la marchandisation des corps. C'est une sorte de féminisme mal compris, en avance sur son temps, et tout simplement détestée par les féministes "bourgeoises". Car au fond, la burqa, c'est révolutionnaire, c'est marxiste, c'est altermondialiste !

Je propose à Houria, qui parlait de la légitimité de se soustraire aux désirs d'une société consumériste, de défendre l'excision. Après tout, pourquoi vivre sous la dictature du clitoris ? Pourquoi subir la tyrannie de l'orgasme clitoridien ? Il y a bien des textes qui prônaient cette pratique dans la civilisation islamique, et le débat reste encore vif en Égypte (surtout pour que l'excision continue).

Ça serait aussi une voie ... comment disait-elle ? ... d'émancipation.

Thursday, May 6, 2010

Nous serons un peuple (Mahmoud Darwich)

Un très beau poème de Darwich, que je dois à France Culture et au site LeMatinDz pour le texte original (envoyé - et nous le/la remercions - par l'internaute Morro) :

سنصيرُ شعباً، إن أردنا، حين نعلم أننا لسنا ملائكة ً، وأنَّ الشرَّ ليس من اختصاص الآخرين
... سنصير شعباَ حين لا نتلو صلاة الشكر للوطن المقدَّس، كلما وجد الفقيرُ عشاءَهُ

سنصير شعباً حين نشتم حاجبَ السلطان والسلطان، دون محاكمةْ

سنصير شعباً حين يكتب شاعرٌ وصفاً إباحياً لبطن الراقصةْ

سنصير شعباً حين ننسى ما تقولُ لنا القبيلة... حين يُعْلي الفرد من شأن التفاصيل الصغيرةْ

سنصير شعباً حين تحمي شرطةُ الآداب غانيةً وزانيةً من الضرب المبرِّح في الشوارعْ


سنصير شعباً حين لا يتذكَّرُ الفردُ الفلسطينيُّ رايته سوى في ملعب الكرة الفسيح، وفي مسابقة الجمال، ويوم نكبته فقطْ

سنصير شعباً، إن أردنا، حين يؤذن للمغنيِّ أن يرتِّل آية من سورة الرحمن في حفل الزواج المُخْتلطْ

! سنصير شعباً حين نحترم الصواب، وحين نحترم الغَلطْ



Et voici la traduction, publié dans L'Humanité (11 août 2008) :

Si nous le voulons

Nous serons un peuple, si nous le voulons, lorsque nous saurons que nous ne sommes pas des anges et que le mal n’est pas l’apanage des autres.

Nous serons un peuple lorsque nous ne dirons pas une prière d’actions de grâce à la patrie sacrée chaque fois que

le pauvre aura trouvé de quoi dîner.

Nous serons un peuple lorsque nous insulterons le sultan et le chambellan du sultan, sans être jugés.

Nous serons un peuple lorsque le poète pourra faire une description érotique du ventre de la danseuse.

Nous serons un peuple lorsque nous oublierons ce que nous dit la tribu…, que l’individu s’attachera aux petits

détails.

Nous serons un peuple lorsque l’écrivain regardera les étoiles sans dire : notre patrie est encore plus élevée… et plus belle !

Nous serons un peuple lorsque la police des moeurs

protégera la prostituée et la femme adultère contre

les bastonnades dans les rues.

Nous serons un peuple lorsque le Palestinien ne se souviendra de son drapeau que sur les stades, dans les concours de beauté et lors des commémorations de la Nakba. Seulement.

Nous serons un peuple lorsque le chanteur sera autorisé

à psalmodier un verset de la sourate du rahmân dans un

mariage mixte.

Nous serons un peuple lorsque nous respecterons

la justesse et que nous respecterons l’erreur.

Tuesday, May 4, 2010

Cinq émissions sur l'islam (Les nouveaux chemins de la connaissance)


France Culture vous propose cinq émissions sur l'islam et sa civilisation , à travers des problématiques contemporaines (dans le désordre: la démocratie, l'héritage philosophique grec, les femmes, les lectures possibles du Coran et pour finir, un portrait du fondateur de cette religion).

Monday, April 26, 2010

The Qur'an in Context, enfin sur Google Livres !


Encore inaccessible voici un mois, The Qur'an in Context est à présent consultable et lisible (en bonne partie), grâce à Google Livres.

Il faut savoir qu'il s'agit d'un ouvrage dont on arrivait même pas à avoir le sommaire, ou tout simplement la liste des chercheurs ayant contribué à ce livre tant attendu. A l'heure où je vous écris, il n'existe pas de Book review, de comptes-rendus qui nous feraient une synthèse critique de cette impressionnante sélection d'articles.

Signalons tout simplement que ce livre marque le retour international de la recherche allemande (bien qu'en anglais) sur un terrain où elle était à la pointe du progrès et de l'innovation (en philologie et dans l'étude critique des textes religieux).

L'idée maîtresse se situe dans le fait de replacer le Coran dans son contexte historique, si souvent oublié ou marginalisé, à cause de considérations religieuses (le mythe de la Jahiliya, tabula rasa civilisationnelle fallacieuse) ou encore, à cause de traditions académiques qui abordent le fait coranique principalement via le prisme du Moyen Age.

Ici, l'islam, et tout spécialement le Coran, retrouve une autre périodisation:
l'Antiquité tardive.

C'est donc un retard tout "français" qu'il s'agit de rattraper.

L'autre axe, polémique cette fois, consiste à réfuter les thèses de C. Luxenberg. Celles-ci enthousiasment en France, et agacent en Allemagne. Et c'est à Walid Saleh - entre autres - de porter l'estocade. Son article comporte déjà certains passages académiques "violents" mais les objections méritent d'être relevées pour être examinées de près.

Si je ne viens pas encore à manquer cruellement de temps (et de bonne santé), je reviendrai en détails sur certains articles et sur les thèses principales de cet ouvrage (dans la mesure de mes moyens intellectuels, cela va sans dire).

D'ici là, bonne lecture à tous, car l'ouvrage promet d'être passionnant !