Tuesday, May 13, 2008

Le songe de Sylvain Gouguenheim


Le livre cartonne mais l'historien est loin d'emballer. Face aux fadaises, la branlée n'était que juste et nécessaire. Sylvain Gouguenheim, "teutonisé", garde un silence d'agneau après être hardiment sorti du bois de sa germanie intellectuelle.

Sylvain Gouguenheim, fausse terreur de l'an 2000, a outrepassé les bornes du métier. Il a tissé une fiction qui sa corporation se refuse à ingurgiter. Breuvage intellectuel douteux devenu denrée pour soucheux en mal de Walkyries, il m'a semblé prophylactique, a moi, théologien des noms divins, de te livrer ces parchemins, à toi lecteur, à toi lectrice (si si ! j'insiste !), de te laver des mauvaises fibres de cette fausse couche historiographique.

Le "contre-document" nous vient de quelqu'un que nous aimons bien. Gérard Troupeau, tel est le nom du lucide élu que je tiens à vous faire connaitre. C'est en mars de l'an 1991 que fût publié ce texte qui porte le titre inespéré suivant: Le rôle des syriaques dans la transmission et l'exploitation du patrimoine philosophique et scientifique grec.

C'est presque aussi beau qu'un hadith !

La revue qui l'a accueilli ? Arabica. Ne sens-tu pas déjà l'arôme de l'éveil en toi ?

Je vois que tu salives, ô toi mon prochain dans le Savoir ! Soit. Tu seras entendu. Mais avant, laisse-moi te verser un peu de ce vin qui fait tant de bien et laisse-toi prendre par l'émoi d'une connaissance sans reproche ni venin ...

Extraits du texte de G.Troupeau donc:

1. Deux périodes:

Dans de la l'étude de la transmission du patrimoine grec par syriaques, nous distinguerons deux périodes. La première période, antérieure à la conquête arabe, va du Ve au VIIe siècle, et elle est celle du passage grec au syriaque. La seconde période, postérieure à la conquête arabe, va du VIIIe au XIe siècle, et elle est celle du passage du grec au syriaque et à l'arabe, et du syriaque à l'arabe.

2. Grâce aux syriaques (17 ans avant Gouguy !) :

Cet intérêt presque exclusif des syriaques pour la logique d'Aristote, exerça une influence décisive sur le développement de la philosophie chez les Arabes. Car ce ne sont pas les Arabes qui vont choisir Aristote, ce sont les syriaques qui vont le leur imposer, parce qu'ils l'ont déjà traduit en partie, commenté et enseigné dans leurs écoles organisées sur le modèle de celle d'Edesse.

3. Pas tous hellénophones !:

Quant aux savants syriaques du Xe siècle, qui ne connaissait plus le grec, ils se bornaient à traduire du syriaque à l'arabe.

4. Les sources arabes:

Elles confirmaient déjà que la traduction était l'apanage des syriaques (78% des traducteurs), notamment des nestoriens (62%). Chiffres établis par G. Troupeau (pp. 4-5).

5. Le triple rôle des syriaques:

Durant la seconde période, les savants syriaques eurent un triple rôle dans la transmission et l'exploitation du patrimoine grec: un rôle de traducteurs, un rôle de d'abréviateurs et un rôle de commentateurs. (p.4)

6. ... et même un quatrième rôle !

Celui de lexicographe. Ils composèrent de "véritables lexiques", et ce "pour les besoins de l'exégèse et de la grammaire". Les liens syriaque-arabe et arabe-syriaque se formaient pour dénouer les complexités du vocabulaire technique de la philosophie ou de la médecine.


Après un tel article, on se demande juste une chose: comment le livre de Gouguy a-t-il pu être rédigé et surtout, publié ?

C'est sans doute un mystère teutonique que nous, "orientaux", ne pouvons comprendre ...

1 comment:

Kabyle d'Espagne said...

Bonjour,
Je tenais à vous féliciter pour les précieux documents que vous mettez à la portée des lecteurs.
J'ai pu, grâce à votre blog, compléter ma lecture de l'ouvrage de Gouguenheim pour faire un article critique sur Agoravox.
Question: avez-vous d'autres documents dans votre malle secrète ? :)