Tuesday, July 7, 2009

De quelques points de jonction entre discours islamique et discours islamiste (1)





S'il est urgent de militer pour une séparation plus nette entre les propos que peuvent tenir des musulmans ordinaires des islamistes politiquement motivés, c'est que l'affaire n'est pas facile pour tous - notamment pour les observateurs étrangers au monde de l'islam - et que, pour compliquer le tout, le second (le discours islamiste) parasite profondément le premier (le discours islamique).

Nous le constatons chaque jour: les libertés fondamentales reculent dramatiquement dans le monde arabo-islamique.

De plus en plus de "citoyens" (niés en tant que tels) sont appelés à s'identifier et à se mobiliser comme "croyants": contre l'Occident chrétien et/ou athée, contre le complot "américano-sioniste", contre la "laïcité" et la liberté d'expression négatrice des valeurs islamiques, contre le Danemark des caricatures ou l'Angleterre de Rushdie, mais aussi, quand c'est possible, contre le "Taghout" national, le despote local tunisien ou indonésien.

De nos jours, le fait est devant nous: l'islamisme est une force qui a des assises populaires; il incarne pour beaucoup "l'opposition", la seule et la vraie, puisque marquée par le divin.

Or, il n'y a pas que les racistes, les xénophobes ou les faucons des hyperpuissances qui assimilent l'islam à l'islamisme. Ce hijack idéologique est déjà fait, depuis de nombreuses décennies, par des états musulmans panislamistes qui montrent l'exemple à suivre ... ou à faire taire. Par pendaison, par ostracisme, par takfir ou par appel théologique au crime; dans la presse, à la télévision, sur internet.

Et ces régressions commencent déjà à des niveaux micro-sociologiques; elles circulent aussi entre les gens les plus "démobilisés" politiquement parlant.



Le respect qui annihile la tolérance:

Un des points de jonction entre discours islamique et discours islamiste est la subordination de la "tolérance" au "respect".

Il y a quelques années, je demandais à des amis à moi, musulmans du Ramadan (un peu comme les juifs du Yom Kippour), ce qui les dérangeait si vivement en voyant des "mangeurs de Ramadan", discrets et cachés dans les jardins publics.

- "C'est un manque de respect, tu vois pas !" me répondit Driss, tout indigné.

- "Ces gens-là ne nous respectent pas, c'est clair " ajouta Mohammed, qui venait d'arrêter de picoler avec ses potes quelques semaines avant le début du mois sacré.

Cet égocentrisme religieux fait vraiment peur. Il est autant féroce qu'inconscient. Il fait peur aussi car il vient de gens que je connais, des gens normaux et même "sympa" le plus clair du temps.

Que peuvent devenir ces gens en période de théocratisation avancée ou avérée ? Si certains ne passent pas à l'acte pour punir les "contrevenants" par eux-mêmes, ils n'hésiteront certainement pas à soutenir verbalement la correction de ces "koufars" (mécréants).

Ce manque d'empathie fait parfois partie de la foi. Et je l'ai vu plus d'une fois dans ma vie.



De nos jours, c'est l'Etat qui se charge de cette répression. "Le plus froid des monstres froids". Les Etats autrefois "socialistes". Ce sont eux qui donnent de la prison ferme pour les gens qui mangent y compris dans les forêts ou les jardins publics que le public ne fréquent pas ou plus.
Ce sont ces "républiques" qui laissent leurs flics passer à tabac des innocents mais aussi des malades, des diabétiques qui reviennent ensanglantés dans les commissariats, justifier de leur état d'insulino-dépendants ou d'ulcéreux, devants des flics ou des juges incrédules, qui pensent bien que, après tout, ou quelque part, c'était au fond une sorte d'atteinte à l'ordre public.

On se demande par quelle perversion de l'esprit, on en vient à demander aux autres une adhésion sans condition à des rites religieux.
En inversant la hiérarchie de ces valeurs, on aurait eu droit à une autre vision du monde: le croyant continue son bonhomme de chemin et laisse les autres agir à leur guise. Mieux: ces contrariétés peuvent être stimulantes pour sa foi, un peu comme le hadith qui évoque le grand bien qu'est de louer son Dieu en plein marché, lieu d'oubli des affaires de l'au-delà pour celles d'en-bas.

C'est pourtant sur cet ordre des choses et cette hiérarchie des valeurs que les esprits se réislamisent, à coup de sermons identitaires qui vous font d'abord exister comme "croyant" et jamais comme "citoyen".

Sinon, vous êtes un kaafir, ou pire, une kaafira ! ... voire même un mounafiq (hypocrite)

Et vous aurez été prévenu(e).

(photo: Flickr)

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