Thursday, May 6, 2010

Nous serons un peuple (Mahmoud Darwich)

Un très beau poème de Darwich, que je dois à France Culture et au site LeMatinDz pour le texte original (envoyé - et nous le/la remercions - par l'internaute Morro) :

سنصيرُ شعباً، إن أردنا، حين نعلم أننا لسنا ملائكة ً، وأنَّ الشرَّ ليس من اختصاص الآخرين
... سنصير شعباَ حين لا نتلو صلاة الشكر للوطن المقدَّس، كلما وجد الفقيرُ عشاءَهُ

سنصير شعباً حين نشتم حاجبَ السلطان والسلطان، دون محاكمةْ

سنصير شعباً حين يكتب شاعرٌ وصفاً إباحياً لبطن الراقصةْ

سنصير شعباً حين ننسى ما تقولُ لنا القبيلة... حين يُعْلي الفرد من شأن التفاصيل الصغيرةْ

سنصير شعباً حين تحمي شرطةُ الآداب غانيةً وزانيةً من الضرب المبرِّح في الشوارعْ


سنصير شعباً حين لا يتذكَّرُ الفردُ الفلسطينيُّ رايته سوى في ملعب الكرة الفسيح، وفي مسابقة الجمال، ويوم نكبته فقطْ

سنصير شعباً، إن أردنا، حين يؤذن للمغنيِّ أن يرتِّل آية من سورة الرحمن في حفل الزواج المُخْتلطْ

! سنصير شعباً حين نحترم الصواب، وحين نحترم الغَلطْ



Et voici la traduction, publié dans L'Humanité (11 août 2008) :

Si nous le voulons

Nous serons un peuple, si nous le voulons, lorsque nous saurons que nous ne sommes pas des anges et que le mal n’est pas l’apanage des autres.

Nous serons un peuple lorsque nous ne dirons pas une prière d’actions de grâce à la patrie sacrée chaque fois que

le pauvre aura trouvé de quoi dîner.

Nous serons un peuple lorsque nous insulterons le sultan et le chambellan du sultan, sans être jugés.

Nous serons un peuple lorsque le poète pourra faire une description érotique du ventre de la danseuse.

Nous serons un peuple lorsque nous oublierons ce que nous dit la tribu…, que l’individu s’attachera aux petits

détails.

Nous serons un peuple lorsque l’écrivain regardera les étoiles sans dire : notre patrie est encore plus élevée… et plus belle !

Nous serons un peuple lorsque la police des moeurs

protégera la prostituée et la femme adultère contre

les bastonnades dans les rues.

Nous serons un peuple lorsque le Palestinien ne se souviendra de son drapeau que sur les stades, dans les concours de beauté et lors des commémorations de la Nakba. Seulement.

Nous serons un peuple lorsque le chanteur sera autorisé

à psalmodier un verset de la sourate du rahmân dans un

mariage mixte.

Nous serons un peuple lorsque nous respecterons

la justesse et que nous respecterons l’erreur.

2 comments:

Naravas said...

Merci pour ce très beau poème Abd El Maakir ! Vraiment. Il faut peut-être attendre quelques...années...dizaines d' années... avant que la rue arabe ne le comprenne. C'est ce qui est triste.

Abd El Maakir said...

De rien, Naravas.
C'est vrai que c'est un très beau poème. Puissant de vérité. D'un rare courage et d'une haute exigence morale.
Tout le contraire de "nos" intellos de télé, qui vont de Frère Tariq aux Indigènes de la République.